Suède

Ce que vivre en Suède m’a apporté

J’ai vécu en tout et pour tout trois ans et demi en Suède. J’ai fait une année Erasmus en 2011 à Malmö, mon master à Lund de 2014 à 2016, puis j’y suis retournée le temps d’un CDD en janvier. Durant ces années, j’ai dû continuellement répondre à une question : mais pourquoi tu veux vivre en Suède ? Les Suédois ont toujours eu du mal à comprendre ce que je pouvais trouver à leur pays. Il faut dire aussi que quand on est expat, les gens s’attendent souvent à une réponse du type « je suis là par amour ».

Alors non, aucune romance ne m’a poussée à poser mes valises en Scandinavie. Pour être honnête, j’avais pas vraiment aimé Malmö durant mon année Erasmus. Et pourtant, j’ai décidé d’y retourner quelques années plus tard. J’ai même fini par me sentir si bien dans le Sud de la Suède que c’est devenu mon nouveau chez moi.

Aujourd’hui, je m’apprête à démarrer un nouveau chapitre bien loin de ma chère et tendre Scandinavie. Alors forcément, l’heure est au bilan. Je crois que je ne pourrais jamais réellement expliquer pourquoi j’ai eu un jour envie de tenter l’aventure suédoise.  Par contre, en y réfléchissant bien, je me suis rendue compte que vivre en Suède m’avait apporté énormément sur tous les plans…

Turning Torso à Malmö en Suède
Malmö, 2011

Un féminisme assumé

Je crois que j’ai toujours été féministe, mais j’ai eu beaucoup de mal à l’assumer. Pas parce qu’être féministe serait une honte ou une tare, mais parce que pendant longtemps, les trop nombreux clichés sur les féministes m’ont laissée penser que je n’avais pas ma place parmi les différents mouvements qu’il existe. Plus généralement, j’avais l’impression d’être une mauvaise féministe, parce que j’aimais me maquiller par exemple. Aujourd’hui, cela semble complètement idiot, mais malheureusement il y a six ans, j’en savais peu sur le féminisme et j’étais pleine de clichés. 

Heureusement, cela a changé lors de mon arrivée en Suède. A l’époque, j’ai rencontré pas mal de personnes qui se revendiquaient ouvertement féministes. Le plus fou pour moi, c’était que tout le monde avait l’air de trouver ça normal. A aucun moment, j’ai entendu des propos désobligeants sur le féminisme ou quelqu’un se faire traiter de « sale féministe » (ce qui n’est pas une insulte soit dit en passant). D’après ce que j’ai vu, être féministe en Suède, c’est plutôt chose commune. J’ai trouvé ça assez libérateur et cela m’a surtout appris à briser mes propres stéréotypes autour du féminisme.

Pour la petite anecdote, il y a trois mois, j’étais dans le métro à Stockholm lorsque j’ai surpris une conversation passionnée entre un Français qui essayait d’expliquer à une Suédoise que, même s’il était pour le féminisme, il refusait de se revendiquer en tant que tel, parce que c’était encore mal vu en France. Alors on est d’accord ou pas avec ce genre de propos, mais quoi qu’il en soit, je me souviens que son amie suédoise avait réellement du mal à comprendre sa vision des choses.

Bon, bien sûr, je tiens quand même à préciser que pas tout le monde est féministe en Suède. Il m’est déjà arrivé d’entendre des lycéens dire qu’ils détestaient les féministes ou d’avoir des petits amis suédois qui ont tenté de m’expliquer qu’une femme qui a eu trop d’amants, c’est rédhibitoire pour un homme, parce que « personne ne veut d’un cadenas qui peut être ouvert par toutes les clefs ». Malheureusement, le slut-shaming reste une plaie internationale

Malmö en Suède
Malmö, 2011

Un sentiment de liberté

S’il y a bien une chose que j’adore en Suède, c’est la sensation d’être beaucoup moins jugée qu’en France. Je ne peux pas dire que les Suédois ne jugent pas les autres étant donné que je ne suis pas dans leur tête, mais il est vrai qu’en trois ans et demi, je n’ai jamais entendu un Suédois critiquer la tenue d’untel ou les goûts musicaux d’un autre, par exemple. Je pense que cela est en partie dû leur peur du conflit.

Quoi qu’il en soit, moi qui suis en jupe ou robe 99% de l’année, j’ai toujours trouvé ça ultra agréable de n’avoir strictement aucune remarque au sujet de mes tenues. Quand je suis en France, j’ai régulièrement le droit à des commentaires assez agaçants du type « elle est courte ta jupe » ou « ouhlà, t’as sorti le décolleté, tu veux pécho ce soir ? ». 

Dans la même veine, le fait que le harcèlement de rue soit quasi inexistant en Suède est réellement libérateur. En ce qui me concerne, cela m’a permis d’éviter le stress qu’on peut avoir avant de sortir, parce qu’on sait que l’on risque d’attirer des relous au comportement parfois dégueulasse.

Ce sentiment de liberté que je ressens quand je suis en Suède n’est pas uniquement lié à la tenue vestimentaire, mais plus généralement au style de vie. Sexualité, vie professionnelle, études, de mon expérience, les Suédois sont bien plus ouverts d’esprit et beaucoup moins dans le jugement. Je crois que cela m’a beaucoup aidée en termes de développement personnel. En vivant en Suède, j’ai vraiment eu le sentiment de pouvoir devenir qui je veux vraiment et de faire mes choix sans me soucier des « qu’en dira-t-on ».

Je remarque aussi qu’en ayant le sentiment de ne plus être constamment jugée par les autres quoi que je fasse, je suis devenue bien plus ouverte d’esprit. Aujourd’hui, j’ai plutôt une attitude du type « ok, à partir du moment que cette personne ne fait de rien mal et qu’elle fait quelque chose qui la rend heureuse, alors c’est cool pour elle ». Je remarque d’ailleurs que cette attitude a souvent tendance à décontenancer mes interlocuteurs.

Gröna Lund à Stockholm en Suède
Stockholm, 2017

Une conscience écologique

Je dois être honnête, avant de vivre en Suède, ma conscience écolo était proche du néant. Disons qu’à part éteindre la lumière en quittant une pièce et ne pas laisser couler l’eau sous la douche en non-stop, je ne faisais pas beaucoup d’efforts. Quand je repense à ça aujourd’hui, je ne suis pas très fière…

Tout a changé en 2011 lors de mon arrivée à Malmö. A l’époque, je vivais dans une résidence étudiante et les règles étaient assez strictes quant au tri. Autant dire que pour moi qui n’avais jamais réellement trié, cela a été un véritable changement. Mais le choc a été le moment où j’ai réalisé qu’il n’y avait pas moins de sept types de poubelles différentes : une pour les déchets organiques, le plastique dur, le carton, le verre (et parfois même une pour le verre coloré et une pour le verre transparent), le métal, le papier et enfin, une pour les choses qui ne peuvent pas être triées.

Je me suis rapidement habituée à ce système que je trouve tout simplement génial. Bien sûr, cela n’a pas toujours été évident et je me suis de très nombreuses fois demandé si tel ou tel objet était considéré comme du plastique dur ou pas (croyez-moi, c’est parfois difficile de savoir).

Quoi qu’il en en soit, aujourd’hui, trier est devenu à la fois une habitude et un réflexe. A chaque retour en France, je suis à la limite de la syncope quand je dois mettre du métal dans la même poubelle que du plastique. J’espère réellement qu’un jour, on aura un système de tri similaire en France.

Bien entendu, même si la Suède est bien plus au point en termes d’écologie tout n’est pas rose. Je ne dis pas ça pour jouer les trouble-fête, mais tout simplement parce que j’ai remarqué que beaucoup s’attendent à trouver la perfection en termes d’écologie en arrivant en Suède. Par exemple, il est super facile de trouver du raisin ou même des fraises en plein mois de janvier, puisque les supermarchés en vendent toute l’année. J’ai réellement eu l’impression que le respect des saisons dans la consommation des fruits et légumes n’était pas forcément une grande préoccupation.

Malgré ce petit bémol, je reste persuadée que si je n’avais jamais vécu en Suède, je n’aurais jamais développé une conscience écolo.

Couché de soleil à Stockholm
Stockholm, 2017

L’envie de voyager

J’ai toujours eu envie de voyager, mais j’ai véritablement eu un déclic lors de mon année Erasmus à Malmö. Je me souviens avoir un jour entendu une de mes voisines australiennes dire que c’était une chance de vivre Europe, car le continent était si petit qu’il était facile d’aller d’un pays à l’autre.

A ce moment-là, je me suis rendue compte qu’elle avait raison, mais surtout que j’en avais jamais profité pour passer des petits weekends à l’étranger. J’ai alors décidé de consacrer une partie l’énorme temps que j’en avais pour voyager en Europe.

Vivre en Suède m’a aussi permis de rencontrer des gens venant du monde entier. En plus de découvrir et de m’ouvrir à de nouvelles cultures, cela m’a aussi donné envie de voyager et d’aller dans des pays auxquels je n’aurais pas pensé.

A l’heure où j’écris cet article, je ne sais pas si je retournerais un jour vivre en Suède. Mais je sais que ces trois années et demi passées dans ce pays m’ont apporté énormément et m’ont permis de devenir qui je suis aujourd’hui. Même si tout n’est pas rose en Suède (et j’écrirai prochainement un article à ce sujet), j’ai réellement aimé vivre dans ce pays. 

Et pour finir ce très très long article comme il se doit, un peu de musique made in Sweden :

 

Et si vous aussi, vous avez vécu en Suède ou ailleurs, n’hésitez pas à partager votre expérience dans les commentaires ! 

 

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